Ibi Village hier, aujourd’hui et demain

Au début des années 2000, Olivier et Thierry Mushiete et tous les amis qui les accompagnent, après plusieurs années de réflexion, imaginèrent le concept du projet Ibi Village.

Les objectifs étaient clairs. Il s’agissait de planter avec la participation des populations locales, des arbres et du manioc sur une superficie de 4.200 ha située à 140 km de Kinshasa suivant la méthode de l’agro-foresterie et de mettre en place l’infrastructure nécessaire et en particulier dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Les revenus devaient provenir de la vente de crédits carbones, de manioc sec et une fois les premiers arbres arrivés à maturité, du charbon de bois.

UNFCCC’est ainsi qu’en février 2011, Ibi Village fut le premier projet privé en RDC a être enregistré en tant que Mécanisme de Développement Propre (MDP) auprès de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique ce qui lui permettait de vendre des crédits carbones en fonction du carbone séquestré dans les arbres plantés.

Il s’agissait donc surtout et c’est encore le cas aujourd’hui, de développer un modèle durable et inclusif sur le plan social, de mise en valeur de savanes sablonneuses, ayant des rendements agricoles très faibles, basé sur l’agroforesterie et capable de contribuer durablement à l’alimentation de la ville de Kinshasa en produits vivriers et en charbon de bois tout en contribuant à la lutte contre la déforestation.

Mais en fait, c’est déjà dès la fin des années 80 que Monsieur Paul Mahamwe Mushiete, fondateur de la société Novacel en tant que S.P.R.L. définit les premières ébauches de programme pour la valorisation des terres situées sur le plateau Batéké en accordant la priorité aux aspects sociaux et environnementaux.

La période des années 90 fut marquée par une forte instabilité politique. En dépit des avis techniques généralement très favorables, et sans doute en raison de cette instabilité, aucun appui institutionnel n’a pu être obtenu pour accompagner la mise en route du programme durant cette période. C’est donc exclusivement sur fonds propres que Novacel a pris la décision de démarrer son programme dès le début de l’année 1998. Endeuillée en juin par le décès du fondateur de Novacel, la relève a été assurée par les enfants Olivier et Thierry. L’année 1999 fut marquée par la rentrée en jeu du premier bailleur de fonds institutionnel qui a permis la réalisation d’une importante étude de faisabilité sur l’exploitation de la ressource en eau du domaine d’Ibi. Cette étude financée par la Région wallonne a prouvé l’abondance et la haute qualité de l’eau des nombreuses sources présentes à Ibi. Elle a démontré par ailleurs la faisabilité des composantes agroforestière du projet sur le point spécifique de la réponse à leurs besoins en eau potable ainsi qu’en eau d’irrigation et d’entretien.

Sur base de cette étude, Novacel a proposé à la Région Wallonne de poursuivre son engagement en appuyant techniquement et financièrement la mise en place du système de pompage et d’adduction d’eau

Les investissements réalisés par Novacel depuis 1998 ont permis d’installer les premières infrastructures et les équipements de base pour préparer la mise en œuvre du développement rural intégré.

Pour financer la réalisation du Projet, Novacel a pu faire appel à des opérateurs économiques (Umicore et SUEZ-Tractebel (actuellement ENGIE), complétés par les financement apportés par une série de personnes physiques motivées par les objectifs de durabilité du projet. Ces personnes outre leur contribution financière, apportèrent également par leur travail une contribution bénévole décisive à la mise en place du projet dans ses différentes composantes. Les premiers arbres ont été plantés en 2008.

Malheureusement, ces différentes activités évoquées ci-dessus n’ont jamais pu atteindre leur point d’équilibre financier et ce pour de nombreuses raisons, les principales étant les coûts, nettement plus élevés que prévus, de plantation, de fonctionnement et de commercialisation et l’insuffisance de prix de vente du charbon de bois et du manioc. C’est ainsi qu’en 2015, le projet était à l’arrêt et confronté à un passif significatif.

Ceci étant, 1400 ha de forêts avaient été installés et compte tenu notamment des incendies intervenus entretemps, 600 hectares d’arbres arrivés à maturité étaient prêts à être transformés en charbon de bois.

Toujours convaincus de la justification des objectifs du projet, Olivier, Thierry et tous les amis du projet ont alors décidés de le réactiver sur une autre base permettant de surmonter les obstacles rencontrés précédemment.

Une nouvelle structure, la société Patural (actuellement Mushiete et Cie), a ainsi été constituée en 2015 pour y loger l’entièreté du domaine d’IBI (environ 9.000 ha) et les arbres déjà plantés. Les associés de la société Patural sont Olivier, Thierry et Pascale Mushiete ainsi que tous les amis qui accompagnent financièrement le projet depuis son démarrage et qui ont accepté de convertir leurs financements en parts d’associés.

GI Agro logo - original sizeCette société a confié la gestion de l’entièreté du domaine à l’ONG GI AGRO sous la supervision du Professeur Jean Lejoly, actif dans la mise en place et la promotion du concept depuis son lancement.

La mise en valeur des terres n’est plus confiée à de la main d’œuvre salariée mais à un groupe local de « fermiers partenaires », installés dans le domaine d’Ibi Village et avec lesquels les revenus seront partagés équitablement. Ces fermiers partenaires sont soit des cadres expérimentés du GI Agro soit des étudiants formés depuis deux ans à l’agroforesterie par le GI Agro.

Les activités génératrices de revenus seront essentiellement basées sur une production importante et intégrée de charbon de bois « durable » (aujourd’hui une centaine d’hectares par an soit environs 1.800 tonnes de charbon de bois), de différents produits mellifères avec très prochainement une centaine d’apiculteurs et quatre associations villageoises, de manioc essentiellement sous la forme de chikwange et de produits d’élevage, essentiellement le porc (500 porcs de 2017 à 2020).

Les différents villages situés dans le voisinage du domaine d’Ibi mais qui font partie intégrante du « terroir » d’Ibi, seront directement intégrés dans ces différentes activités.

Les premiers résultats pour les fermiers partenaires, les villageois, Mushiete et Cie et le GI Agro sont encourageants. Ils devraient s’améliorer avec le temps, notamment en fonction des reboisements futurs qui seront poursuivis avec plus ou moins d’intensité en fonction des subsides qui seront obtenus.

L’arbre est donc au centre de tout le processus de développement économique et social basé sur

  • la production de charbon de bois sur une base durable, avec renouvellement d’une nouvelle plantation après 6 ans
  • la production à faible coût de produits agricoles après carbonisation et
  • l’apiculture avec des ruches abritées sous ces plantations forestières.

Le GI Agro, parallèlement à la gestion et le développement du domaine d’Ibi, poursuivra son développement en valorisant son expertise grandissante dans le domaine de l’agroforesterie villageoise et de la foresterie communautaire et particulièrement dans la province du Maï Ndombe pour lequel d’importants financements sont actuellement mis en place.

Plus que jamais nous sommes convaincus que le concept Ibi Village, avec d’autres projets agroforestiers comme les projets Mampu et Ntsio mais avec ses spécificités propres et sa valeur d’exemple, pourra continuer à contribuer au développement durable de la région du Plateau des Bateke souvent mise dans le passé à l’écart du développement mais tellement importante pour la ville de Kinshasa.